UZA - Château et seigneurs.



En traversant le joli petit bourg champêtre d'Uza, le promeneur curieux peut, en insistant, s'apercevoir que le site des anciennes forges et de l'étang qu'on découvre de chaque coté de la route, est dominé par l'imposante masse cachée d'un château rectangulaire qui se dresse au sommet d'une butte.

photo extraite du site visites.aquitaine.fr

Or, ce château, bien que d'une architecture moderne, occupe l'emplacement d'une ancienne forteresse féodale construite pendant l'occupation anglaise sur le site d'un château primitif ("d'Usar") établi sur une motte ou butte artificielle talutée protégée par un fossé, élevée au confluent des deux petites vallées des ruisseaux du Vignac et du Pas du Kaa (ou Pou de Boucq) et dominant un large vallon à l'ouest. La demeure actuelle en conserve le plan carré et l'aspect massif et médiéval avec ses quatre tourelles d'angle et à l'ouest son entrée par un pont de pierre dont le tablier repose sur des arcs en plein-cintre.


De fait, Uza fut une importante seigneurie aux frontières du pays de Born et du Marensin, au milieu des landes, bois, dunes, étangs, petits ruisseaux, et "padouens", au bord de l' ancienne voie littorale. De grandes familles s'y sont succédées au cours des siècles, dont l'une du XVIe siècle à nos jours.



Les vicomtes de Tartas

On a attribué (1) la fondation du castrum d'Uza à Richard Ier Cœur de Lion sur une terre qui lui appartenait depuis ses expéditions en Gascogne en 1177 et 1179 alors qu'il n'était encore que comte de Poitiers et était venu mater les nobles gascons récalcitrants.  On peut ainsi supposer que ces terres avaient été confisquées au vicomte de Dax Pierre II, tué lors du siège de sa ville en 1177.

Puis, à la mort du roi Richard en 1199, le castrum passa à son frère  Jean dit sans Terre. Et c'est à la suite de la guerre qui l'opposa au roi de France et aux barons gascons que le roi d'Angleterre aurait remis, vers 1204, "en commande " l'oppidum d'Uza  au vicomte de Tartas, Arnaud Raimond II qui avait épousé la fille et héritière de feu le vicomte de Dax.

Le château et le bourg d'Uza passérent à ses héritiers, Raimond Arnaud, puis Pierre,. Jean, et Raimond Robert. Mais les relations des vicomtes de Tartas avec les habitants et la tutelle anglaise fluctuèrent au point que, lors de sa première expédition en Gascogne en 1248, Simon de Montfort, comte de Leicester, lieutenant du roi anglais en Gascogne, dut replacer le château sous la protection ducale et le fit fortifier et clôturer.

En 1252, le vicomte Pierre de Tartas, petit-fils fils d'Arnaud Raimond était possesseur du château et jurait obéissance au roi duc Henri III . Le château fut cependant confisqué un temps à la suite de violences à l'encontre des officiers du roi duc, avant d'être restitué en 1269. Le vicomte Pierre de Tartas, dit Pierre d'Acqs, était alors maître du "castet d'Uza", avec ses dépendances et " tota la justidia gran e pauca de Born ab la justidia de Mimizan", la "montanha (2) et la costa" de Biscarrosse et de Bias.

(1) Voir J.B. Marquette - La pays de Born à la fin du XIIIe siècle ( Bulletin société de Borda 1978)
                J. Gardelles   - Les châteaux du Moyen Age dans la France du Sud-Ouest, 1972 
(2) forêt usagère des dunes du littoral

Les Soler

Esclarmonde de Tartas (1215- ...), fille du vicomte Raymond Arnaud,  ayant épousé en 1241 Gaillard Del Soler( 1210- ...), grand bourgeois bordelais devenu seigneur de Belin, la terre d'Uza fut revendiquée, après le décès de celle-ci, par ses enfants, comme héritiers de leur aîeul. Et Uza fut effectivement cédé aux Soler par une sentence de 1278 au profit d'Arnaud Raimond de Soler (1240- ...)  qui reçut le "casted Uza ab lo borg ", ainsi que la terre de Born avec toutes ses dépendances, haute et basse justice.  Arnaud Raymond devint seigneur d'Uza, Mezos, Auvignac, Aureillan, Biscarrosse, Bias et Saint-Julien. Son fils Gaillard lui succéda

Les vicomtes de Fronsac

Après le décès de Gaillard del Soler, sa sœur et héritière Yolande (1272- ...) qui avait épousé vers 1295 Raymond IV de Fronsac (1270-1314) se fit reconnaître et confirmer en 1315, par le roi duc Edouard II,  la possession du château d'Uza, après quelques soulèvements des seigneurs gascons et lettres d'abolition. C'est ainsi qu'au début du XIVe siècle la terre d'Uza passa à la famille des vicomtes de Fronsac, alors que la vicomté de Tartas passait à la maison d'Albret. Yolande devenue vicomtesse de Fronsac disposa de la haute et basse justice sur les fiefs situés à Mezos, Lévignac, Saint-Julien, Aureilhan , Biscarrosse,  et Fodias à Bias, et la basse justice sur les fiefs situés à Pontenx, Parentis, Gastes, Sainte-Eulalie, Sanguinet, et Saint Paul (La haute justice restant au roi anglais)

Uza fut ensuite possession du vicomte Raymond V(1297-1363)

Les Pommiers

Jeanne de Fronsac (1324-1353), fille de Raymond V, épousa Guillaume Sans de Pommiers (1315-1367) issu de la terre et sirerie girondine de Vérac, près de Fronsac dont il devient le vicomte. Uza devint possession des Pommiers
Leur fils Jean Sans de Pommiers, dit le  boiteux (vers 1345-vers 1395), leur succéda aux vicomtés de Fronsac et Uza, et aux seigneuries de Belin, Biscarrosse et Pommiers,. Il épousa Souveraine d'Albret, la fille de Bernard Ezi V, sire d Albret et vicomte de Tartas.

Les Montferrand

Une fille, Jouyne ou Jeanne Sans de Pommiers (1390 -1457) vicomtesse d'Uza, dame de Belin, Biscarrosse, Salles et Fronsac épousa, vers 1415, Francois de Montferrand (1385-145 ...), issu des barons de Montferrand, Veyrines et Serignan. Uza devient ainsi une possession des Montferrand, l'une des plus puissante et ancienne famille de la Guyenne, seigneurs de Sanguinet en la vicomté d’Escouasse, et marquis de Landiras

Francois 1er de Montferrand chevalier fervent partisan du parti anglais, qualifié de noble et puissant baron, sénéchal de Guyenne, gouverneur de Dax. ne cessa de combattre sur tous les champs de bataille, avant d'être exilé en Angleterre après la bataille de Castillon et y mourir. L'administration des biens était assurée par Jouyne qui ne quitta guère Uza ou Belin.

Ce serait durant cette époque batailleuse précédant la reconquête française de la Guyenne que le roi-duc aurait autorisé la construction d'un nouveau château. ( Pas loin de là, on trouve les châteaux de Montbrun à Biscarrosse et de Casteja à Mezos).

Le fils, Berard de Montferrnad (+1471), chevalier, vicomte de Fronsac et d'Uza, seigneur de Belin, Biscarrosse etc .une fois la Guyenne réunie à la France, resta prudemment retiré sur ses terres.Il avait épousé, en 1447 à Podensac, Marie de Lalande, une cousine, fille du baron de Lalande seigneur de La Brède, et petite fille du Captal de Buch Gaston de Foix

Les Lur

Une première fille de cette union, Catherine, dame d'Uza épousa en 1466 Gilles bâtard d'Albret, fils naturel de Charles d'Albret.et seigneur de Castelmoron. Une seconde, Isabeau (1459- ...) qui hérita de sa sœur morte sans enfant, dame vicomtesse d' Uza , dame de Belin, Aureillan, Biscarrosse, et de Fargues, épousa, en 1472 à Ribérac,  Pierre II de Lur, chevalier, baron de Malengin, homme d'armes de la compagnie du sire d'Albret, issu d'une famille originaire du Limousin (Le Freyssinet et Longa ).

La comté fut transmise par ce mariage à la famille de son mari. Après un long procès entre Isabeau et ses cousins lui disputant ses possessions, une transaction de 1507 (ou 1512 ) lui  laissa Uza, Salles, et Belin (Biscarrosse revenant à ses cousins de Saint-Martin)

Suivirent, Pierre III de Lur, vicomte d'Uza, baron de Fargues, seigneur de Castet-en-Dorthe, d'Aureilhan, de Salles-en-Buch, de Beliet et les Jauberthes, gouverneur de Saint-Sever, gentilhomme de l'Hotel des rois Louis XII, François 1er et Henri II, et son fils Louis I de Lur (1535-1572) qui fut capitaine du château de Saint-Sever, sénéchal du Bazadais, vice amiral de Guienne, chef et capitaine des Galères au siège de La Rochelle, ville huguenote assiégée par le duc d'Anjou, frère du roi Charles IX. Il y mourut en juin 1573 après avoir engagé son patrimoine pour équiper la flotte qu'il avait sous ses ordres pour combattre les bateaux anglais ravitaillant la ville, et avant d'avoir pu être fait maréchal de France.


Les Lur Saluces

Le fils de Louis de Lur, Jean II de Lur (1560-1616), vicomte d'Uza  capitaine du château neuf de Bayonne,  gentilhomme ordinaire de la chambre en 1595 puis conseiller du roi en ses conseils d'état et privé en 1611, épousa, en 1586, Charlotte Catherine marquise de Saluces, fille d'Auguste César de Saluces, petite-fille et héritiere de Jean-Louis de Saluces, dernier marquis souverain de Saluces (Saluzzo en Piemont italien) qui avait abandonné au roi de France tous ses droits contre promesse de rente en fonds de terre.(elle est la filleule de Charles IX et de Catherine de Médicis.)

Charlotte Catherine de Saluces comtesse d'Uza

En vertu de lettres patentes de 1589, après l’extinction de la ligne masculine des Saluces, les vicomtes d'Uza ajoutèrent à leur nom  le nom et armes de Saluces, et héritèrent de tous leurs droits et indemnités.

Puis vinrent les fils, Honoré de Lur Saluces, (1594-1651)  gouverneur du château neuf de Bayonne, et Louis de Lur Saluces (...-1664), appelé baron de Fargues, seigneur d'Uza. Ces deux frères épousèrent les deux petites filles de Michel de Montaigne

Le château et les terres d'Uza  se transmirent ensuite en ligne directe, de génération en génération,  dans cette même famille depuis le XVIe siècle jusqu'à aujourd'hui.et le comte Alexandre de Lur Saluces actuel qui vit entre sa propriété landaise et celle de Fargues et son vignoble de Sauternes. ( Pour mémoire - Jusqu'en 1999, la famille de Lur Saluces était propriétaire du célèbre Château d’Yquem acquis par mariage en 1785)


Vers 1618, un nouveau château comportant un bâtiment central entouré de deux pavillons.succéda à la forteresse. En 1765, c'était encore une bâtisse à simple rez-de-chaussée flanquée de deux tours, posée sur sa butte, et reliée par un pont de bois à une cour, des communs côté sud et un jardin de parterre côté nord puis le moilin du domaine et les jardins potagers.

En 1760, le jeune comte Claude-Henri-Hercule- Joseph et sa sœur, Marie-Anne-Henriette, épouse du comte de Rostaing, établirent au pied du château une entreprise de forges industrielles succédant à une ancienne activité de forge artisanale. Le ruisseau du Vignac qui longe le château servait à actiomner les soufflets et marteaux. Une petite retenue permettant de détourner l'eau derrière laquelle se trouvait un étang. Les éléments des forges étaient disposés au pied du barrage (ateliers,martinet, halles à charbon, logements des employés, la direction, le magasin). Longtemps prospères au cours du XIXe siècle, il n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges de bâtiments ... et le charmant étang des forges.


Lors de la Révolution, le comte d'Uza ayant émigré en 1792, le château est abandonné et mis sous séquestre avant d'être plus tard restitué à la famille. Il fut ensuite entièrement réaménagé vers 1861, surélevé d'un premier étage et d'un second étage partiel sous combles et coiffé de couvertures en ardoise. Enfin, une dernière restauration radicale initiée par Bertrand de Lur-Saluces dans les années 1930 lui donna, du moins sur sa façade principale, un petit air toscan avec sa galerie couverte, son balcon, ses loggias soutenues par des colonnes cannelées.

le château au début du XXe siècle

et après sa restauration des années 30


Le château et son parc ont été inscrits aux Monuments Historiques en 2004.

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le site des anciennes forges

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