LES BATAILLONS LANDAIS DE LA REPUBLIQUE.


Affaire glorieuse du 17 pluviôse An II
"Dugoyen, fusilier au 4ème bataillon des Landes, est atteint d'une balle au commencement du combat; il ne quitte pas son poste. Dans le cours de l'action, il reçoit une seconde balle au bras; son capitaine veut la faire retirer; Dugoyen secoue son bras: Il n'est pas coupé, dit-il, je veux me venger et renvoyer à ces Jean-foutre  la balle que j'ai reçue. Il continua à de battre" (Le ministre de la guerre à la  séance de l’Assemblée du 12 ventôse An II)
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Aux débuts de la Révolution, les seules forces armées landaises consistaient en une compagnie de gendarmerie royale répartie sur divers points, et, casernés au château de Dax, un détachement du régiment de Champagne et une petite compagnie de vétérans (composée de moins d’une trentaine d’hommes vieux ou infirmes commandés par le capitaine Mougeot, qui fut plus tard envoyée à Mont-de-Marsan, alternant avec la garde soldée (1) du district pour la surveillance du dépôt de poudre et des prêtre réfractaires détenus dans l’ancien couvent des Clarisses.
A la peur née du bruit des événements de Paris on créa bien, à Dax, Aire ou Saint-Sever, quelques gardes citoyennes de faible effectif pour assurer la tranquillité publique, avec des fusils de chasse réquisitionnés pour tout armement. Mais elles finirent par se dissoudre à la fin de 1789 pour laisser la place aux gardes nationales volontaires crées par l'Assemblée Nationale et levées laborieusement parmi les artisans et ouvriers pour maintenir l’ordre et faire exécuter les lois. Les premières se formèrent en 1790 à Mont-de-Marsan, Aire, Dax, et Saint-Sever, puis leurs effectifs s'accrurent peu à peu puisqu'en 1792 Mont-de-Marsan disposait d'un bataillon de neuf compagnies dont une de grenadiers, et Dax disposait de cinq compagnies, soit environ 300 hommes, puis plus de 400. Cependant, bien que patriotes, leur valeur militaire n’était pas établie, à défaut d'expérience des chefs élus (à Dax, un cordonnier sans travail fut élu lieutenant), et en l'absence d'instructeurs (ceux qui avaient servi sous l'Ancien régime étant suspectés de manquer de civisme). Pire, les fusils de chasse qui leur avaient été attribués leur furent retirés pour armer les premiers bataillons de volontaires levés en 1791, et remplacés par des piques. (2). De même, on créa avec zèle une section de canonniers en juin 1792, bien que le département ne possédait aucun canon et n’en reçut jamais.
Ce fut le moment où la tension accrue avec les monarchies d’Europe et l’envie d’exportation de la Révolution française amena l’Assemblé Législative à déclarer la guerre à l’Autriche en avril 1792. La Prusse alliée de l’Autriche déclara la guerre à la France en mai. Puis en février 1793 la guerre est déclarée à l’Angleterre et aux Provinces-Unies des Pays-Bas. Enfin, c’est l’Espagne qui déclara la guerre à la France en mars, suivie du Portugal et de Naples, Parme Modène et la Toscane
Face à cette coalition d’ennemis, l’Assemblée avait déclaré la Patrie en danger. La supériorité manifeste de toutes les troupes ennemies révélait les insuffisances d’une armée régulière française trop affaiblie pour couvrir les frontières. Une grande partie de ses officiers, nobles, avait quitté l'armée, et les deux tiers avaient émigré. Il fallut recruter, et, Révolution oblige, on recruta une armée populaire pour défende la nouvelle Nation. 

1791 - LES DEUX PREMIERS BATAILLONS DE VOLONTAIRES DES LANDES

Dès juin 1791, l’Assemblée Nationale décréta la mise en activité des gardes nationales, invitant à fournir 2000 à 3000 hommes par département, organisés en bataillons. Mais cela resta sans écho dans les Landes qui ne disposaient alors que de peu de ces gardes nationales. Puis un nouveau décret  décida la création de  gardes nationales volontaires, dont 1148 devant être levées dans les Landes, soit deux bataillons, pour la défense des frontières entre Bayonne et l’embouchure de la Gironde, avec deux bataillons de la Gironde.
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Cette levée fut relativement facile dans les cantons, dès lors que les volontaires en état de réquisition permanente dans leurs foyers n’étaient  pas pour l’instant convoqués.

Ce n’est qu’en octobre 1791 que les volontaires inscrits reçurent l’ordre de se rassembler à Mont-de-Marsan. C’était en fait une masse hétéroclite composée de beaucoup de domestiques de ferme sans travail, et de quelques mauvais sujets,  de plus sans vêtements, sans armes, sans instructeurs, et sans caserne. On réunit ainsi 6 compagnies venant du district de Saint-Sever, 4 de Dax, 4 de Mont-de-Marsan, 2 de Tartas, pour constituer les deux bataillons. Il est à noter que les pays du Marensin et de la Grande Landes n’avaient fourni aucun recrutement pour ces deux premiers bataillons. Le administrateurs du département précisaient plus tard : « D'ailleurs les hommes de cette contrée sont si petits, d'une si pauvre espèce, que la République n'y perdra rien". Il est vrai que c’était une population isolée et dispersée, exclusivement agricole ou forestière, ignorant généralement la langue française et ne sachant pas signer, souvent indifférente et parfois de mauvaise volonté
D’ailleurs, par la suite, les gardes nationales de 27 communes côtières furent dispensées de fournir des soldats lors des levées, au motif qu’elles participaient à la défense par leurs volontaires gardes-côtes et guetteurs (2).

le département ses Landes et ses districts

Renvoyés dans leurs foyers, les hommes furent à nouveau convoqués le 16 novembre à Mont-de-Marsan pour être effectivement incorporés et envoyés en garnison. Après être passés en revue, le 1er bataillon alla tenir garnison à Saint-Sever, le 2eme bataillon à Dax après étape à Tartas.

LE 1er BATAILLON DES LANDES

Il arriva à Saint-Sever le 17 novembre 1791 où il logea chez les habitants. Ses compagnies avaient été formées des volontaires des cantons de Peyrehorade, Pouillon, Gabarret, Roquefort, Parentis, Mont-de-Marsan, Dax, et Montfort

Adrien Soustras, de Labatut, ancien capitaine au régiment de Béarn, et Raymond Caunègre, de Moliets, commandant la garde nationale de Dax, (devenu colonel, il sera tué par un boulet sur le pont d’Arcole le 26 brumaire An V 17 novembre 1796) en avaient été élus lieutenants-colonels lors du premier rassemblement à Mont-de-Marsan. Parmi les capitaines se trouvaient Marc Lagardère, de Dax, Gratien Gardera, de Peyrehorade, L. Hontarede, de Habas, J. Cambos, de Gabarret , M. Dufourg, de Saint-Gein, J.B. Pardailhan, de Dax …puis l’adjudant-major Destanque, de Campagne, et l’adjudant sous-officier A. Genous, de Mont de Marsan.
Parmi les capitaines de ce bataillon se trouvait également Augustin Darricau, de Tartas, qui s’y est engagé volontaire le 25 août 1791 (à 18 ans), et sera élevé au grade de général de brigade en 1807, puis général de division en 1811.

Deux frères Cardenau, de Dax, s’y engagèrent le 1er juin 1791. Le premier, Bernard-Augustin sera attaché à l’état-major du général Moncey à l’armée des Pyrénées occidentales et deviendra plus tard général de division. Le second, Philippe, deviendra colonel avant d’être tué à 2bersbourg en 1809.

La solde était fixée à 15 sous par jour En y ajoutant diverses indemnités, elle pouvait s’élever à 23 sous pour se nourrir, entretenir et remplacer les vêtements, le linge et l’équipement.  Le département fut chargé de l’habillement réglementaire sous réserve de retenir le montant des frais sur la solde, à raison de 5 sous par jour, Cet habillement fut bien mis en adjudication mais le marché résilié à la suite du retard du au défaut de main d’oeuvre, si bien que des effets durent être taillés et cousus par les soldats eux-mêmes sur des étoffes achetées en pièces à Bayonne. Les chaussures furent fournies par des entrepreneurs adjudicataires. Mais leur mauvaise qualité fut telle que sur 500 paires fournies au 2me bataillon 400 furent refusées pour malfaçon. Des armes furent reçues de Bordeaux.

Mais la plupart de ces volontaires faisaient preuve de peu de vertus militaires, insubordonnés, mal nourris, mal logés, mal vêtus, Une véritable sédition intervint même en mars 1792 lorsque le département cessa de les payer au motif du non acquittement intégral de tous les effets fournis

Le 9 août, le bataillon reçut l’ordre de se rendre à Valence au rassemblement de l’armée du Midi. Fort de 574 hommes, il quitta Saint-Sever le 12 et se rendit d’abord au camp de Cessieux près de Lyon, pour la défense de la frontière contre la Savoie et le comté de Nice. En janvier 1793, il se trouvait à Annecy. Il était présent le 21 décembre 1793, dans la 2ème division du général Dours,  et cantonnait dans la région de Chambéry. Il comprenait alors un effectif de 779 hommes, 16 en congé, 101 dans les hôpitaux, et 77 encore en détachement dans les avant-postes. Puis il prit part aux opérations du siège de Toulon avant de combattre à l’armée des Alpes et d’Italie de 1794 à son amalgame (3)

le départ


LE 2ème BATAILLON DES LANDES

Formé à Mont-de-Marsan en même temps que le 1er bataillon, il était composé des compagnies d’Amou, Brassempouy, Nassiet, Pomarez, Saint-Sever, Hagetmau, Grenade, et Poyanne.

Pierre-Romain Labeyrie, de Mugron, ancien gendarme, et Luc Tortigue, de Saint-Sever, commandant de la garde nationale, en avaient été élus lieutenants-colonels. Parmi les capitaines se trouvaient Valette, d’Aire, J.M. Laborde, de Doazit, Jean Laborde, d’Aire, J.M. Lacroix, de Grenade, J.B Beuzin, de Nassiet (né en 1770), J.B. Monet, de Pomarez, Monségur, d’Amou, J. Laplacette, de Mugron. C’est dans ce bataillon que s’enrôla, le 19 octobre 1791, Michel-Pascal Lafitte, de Dax (18 ans),  avant de servir dans les guerres de l’Empire et d’être promu au grade de général de brigade en 1813.

Le bataillon arriva à Dax le 18 novembre 1791. Une compagnie des grenadiers fut casernée dans le château. Le gros des hommes fut logé chez les habitants. «Les hommes ressemblaient à une horde de malfaiteurs et non à une force nationale » si bien qu’il y eut « des rixes dans les faubourgs, des volontaires furent assommés, des gens masqués tirèrent un coup de fusil sur une sentinelle »  (Dompnier de Sauviac)
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Pendant les six mois qui suivirent les effectifs diminuèrent en raison de nombreuses absences et désertions, parfois encouragées par les habitants pour s’en débarrasser. Aussi, pour éviter une désagrégation, on éloigna ce bataillon de mauvaise réputation, caractérisée par son peu d’enthousiasme et son indiscipline,  en l’envoyant achever son instruction à Bordeaux

Puis il quitta définitivement Dax le 12 juin 1792. Envoyé à Lectoure en octobre, les hommes se mutinèrent en passant à Roquefort, nécessitant l’intervention de la gendarmerie. En janvier 1793, le bataillon se trouvait à Condom, et deux compagnies toujours à Lectoure. Il fut ensuite envoyé à l’Armée des Pyrénées occidentales, pour prendre part aux opérations contre les espagnols. Il y était en décembre 1793, dans la division postée à Saint-Pée sur Nivelle, alors que sa compagnie de canonniers se trouvait dans la division de Saint-Jean-Pied-de-Port.
Ce 2ème bataillon des Landes se distingua dès le début des hostilités au combat et à la prise du village navarrais de Zugarramurdi.

"J apprends dans l'instant d'une manière très positive que nos troupes du camp des Trois-Croix viennent d'humilier la morgue espagnole. Un détachement commandé par le républicain Labeyrie, premier lieutenant-colonel du 2eme bataillon du département des Landes, s'est porté contre un corps de troupes espagnoles qui ont étée mises en pleine déroute. Les soldats de la Liberté se sont emparés du corps de garde ennemi et du village de Zugarramurdi. On y a trouvé 5 000 cartouches, une trentaine de fusils, 40 baïonnettes et des hallebardes. Nous n'avons eu que 3 blessés; les espagnols ont du perdre beaucoup de monde....P.S. Le lieutenant-colonel Labeyrie s'était déjà distingué dans une autre attaque par une bravoure, un sang froid dignes des plus grands éloges. C est un témoignage que le 2eme bataillon des Landes lui a rendu en ma présence" (lettre de Dartigoeyte à la Convention le 21 avril 1793)


 1792 - LE 3ème BATAILLON DE VOLONTAIRES DES LANDES

Le 21 avril 1792, la France déclarait la guerre à l’Autriche, et l’Espagne menaçait la frontière de la Bidassoa. La Convention ordonna une nouvelle levée  pour compléter les insuffisances d’une armée régulière issue de l’Ancien régime et les bataillons déjà créés.

Le département des Landes leva avec difficulté  quatre compagnies d’environ 80 hommes chacune pour les bataillons de réserve. L’inscription volontaire n’ayant donné aucun résultat, on imposa aux communes un nombre de volontaires proportionnel à leur population  Ceux-ci furent soir élus, soit tirés au sort, soit achetés. Certains désignés se firent remplacer pour divers motifs

L’effectif fut finalement réuni à Mont-de-Marsan au début du mois d’octobre 1792 et reçut l’ordre de rester dans les Landes pour servir à la formation et l’organisation d’un 3ème bataillon dont l’effectif était fixé à 800 hommes. Aussi, chaque district (Mont-de-Marsan – Dax – Tartas - Saint-Sever) dut fournir un contingent égal à celui assigné pour la levée des quatre premières compagnies. Les volontaires étant peu nombreux on eut recours au tirage au sort.

Fixée au 1er novembre 1792 la formation du bataillon prit du retard.  Si les quatre premières compagnies purent être organisées en octobre et novembre, le recrutement des autres présenta de plus grandes difficultés, soit par vote, mais ensuite par tirage au sort parmi tous les hommes de 16 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfants. Bien sûr, tout cela entraîna d’innombrables réclamations et pétitions des désignés pour tous les motifs possibles afin d’être déchargés (maladies, soutiens de familles, laboureurs utiles à la nation 

 La 5ème compagnie ne fut ainsi crée qu’en décembre, les 6ème, 7ème, et 8ème, ainsi qu’une compagnie de grenadiers, en janvier 1793. Mais l’effectif n’était toujours pas complet, puisque lors d’une revue du 23 janvier suivant, il n’y avait encore que 460 hommes présents. Pour compléter l’effectif on envoya les gendarmes dans les communes, on arrêta les réfractaires et les déserteurs pour les incorporer, et, en février 1793, le bataillon comptait 669 hommes. On constitua également une compagnie de canonniers forte de 3 officiers, 3 sous officiers, 4 caporaux, 42 soldats … et 3 chevaux, envoyée à Bayonne pour y être armée et instruite

Le lieutenant colonel chef du bataillon fut Jacques Lefranc, de Mont-de-Marsan, ancien militaire expérimenté, qui fut promu au grade de général de brigade en 1803. Parmi les capitaines se trouvaient Bernard Laboge, ancien soldat né à Mont-de-Marsan, Joseph Deleau, de Mont-de-Marsan, J. Henry Cazaulx, de Mont-de-Marsan, Etienne Labarchède, de Roquefort. Trois ou quatre officiers seulement avaient déjà servi dans l’armée et l’instruction des volontaires fut d’abord confiée … au concierge de l’administration départementale. Pour l’armement on réquisitionna les fusils de chasse auxquels des serruriers ajoutaient des baïonnettes.

C’est finalement le 10 avril 1793 que le bataillon, comptant alors 702 hommes, quitta Mont-de-Marsan pour se rendre à l’armée des Pyrénées occidentales. En effet, après le déclenchement de la guerre contre l’Espagne, l’armée des Pyrénées créée en octobre 1792, partie de l’armée du Midi, fut divisée en armée des Pyrénées orientales et armée des Pyrénées occidentales. Le quartier général de la seconde fut d’abord fixé à Bayonne puis à Saint-Jean-de-Luz. Elle comptait alors 8 000 hommes, organisés en deux divisions, elles-mêmes regroupant 15 bataillons et 18 compagnies franches.

Par Saint-Sever, Hagetmau, Orthez, Navarrenx, le 3ème bataillon des Landes parvint à Mauléon le 14 avril, puis fit route vers Saint-Jean Pied de Port. En octobre 1793, il fut mixé avec les 2ème bataillon du 20ème, et le 3ème des Hautes-Pyrénées, pour former la 40ème demi-brigade Ainsi réorganisé et armé de nouveau il prit part aux opérations de décembre 1793, dans la division de Saint-Jean-Pied-de-Port, et il fut distingué pour sa bravoure lors des combats de la journée du 5 février 1984 au camp de Bidart, repoussant l’attaque d’une armée espagnole forte d’une infanterie de 13 000 hommes . 

les fantassins


1793 - LES 4ème 5ème et 6ème  BATAILLONS DE VOLONTAIRES DES LANDES

La France qui combattait l’Europe coalisée devait faire face à la baisse des effectifs de l‘armée révolutionnaire due aux pertes, aux désertions mais aussi au départ massif des volontaires levés en 1792 pour la durée d’une campagne et rentrés chez eux après que l’ennemi ait été repoussé hors des frontières. La Convention décréta alors, en  février 1793 la levée de trois cent mille hommes, pris parmi les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans.
Cette levée consistait à faire désigner ou à enrôler par le tirage au sort des hommes de tous les départements de France. La répartition de cet effort amenait les Landes à devoir fournir 2924 soldats supplémentaires, dont 729 dans le district de Mont-de-Marsan,  864 à Saint-Sever, 569 à Tartas, 762 à Dax, le tout ensuite réparti par cantons et communes.
Le recrutement donna lieu aux mêmes lenteurs, abus et réclamations que les précédents, et les réfractaires furent de plus en plus nombreux à disparaître et se cacher dans les campagnes, comme à Souprosse où les 24 jeunes gens élus prirent la fuite. A part quelques rares volontaires (4 à Dax pour un effectif imposé de 70), tous les autres furent élus (les membres du clergé assermenté nommés souvent les premiers !).

 LE 4ème BATAILLON DES LANDES

L’énergique intervention des Représentants du peuple en mission, Pinet, Cavaignac, et Dartigoeyte, provoqua en Chalosse une certaine émulation, spontanée ou forcée. Le contingent du département fut alors réuni en quelques jours, si bien que le 26 avril 1793 800 jeunes gens étaient rassemblé à Saint-Sever en ayant constitué 22 compagnies par groupement de communes voisines. C’est sous le nom de  bataillon du district de Saint-Sever qu’ils partirent dès la fin avril 1793 pour Bayonne par Orthez.

" Il est de mon devoir de vous apprendre, citoyens, mes collègues, qu'au premier bruit de l'invasion des Espagnols, tous les jeunes gens de la ville de Saint-Sever, au nombre de 75; ceux de la ville de Hagetmau, au nombre de 40; ceux de la petite ville de Mugron, au nombre de 9, se sont inscrits pour voler sur le champ au secours de nos frères de Baïonne. Les citoyens de Mugron ont fait don de leurs habits uniformes et distribué des gratifications en argent aux volontaires. (lettre de Dartigoeyte depuis Mugron -son pays- à la Convention, le 26 avril 1793)




L’enthousiasme fut moins fort dans les autres districts : 60 hommes furent levés à Mont-de-Marsan (dont le tiers des employés de l’administration incorporés d’office), 88 à Tartas, formés par les gardes nationales, 54 à Roquefort.
Mais tous ces hommes étaient sans vêtements, sans armes, et sans cohésion .Comte tenu des désertions, une revue du 20 juin ne compta plus que 716 volontaires présents et 30 officiers A défaut de fusils, ceux de Saint-Sever avaient reçu des piques.   L’ensemble devint le 4ème bataillon des Landes sous les ordres du lieutenant-colonel Antoine Digonet (lequel, ancien soldat des guerre d’Amérique, avait précédemment été adjudant-major au 2ème bataillon en 1792)
Tous parvenus à Bayonne, et équipés des fusils de la garde nationale de la ville, furent répartis en 8 compagnies et une compagnie de grenadiers, dont les chefs furent élus le 13 mai. Parmi les capitaines se trouvaient Jean Maximilien Lamarque, de Saint-Sever, qui sera promu au grade de général de division en 1807, L. Faussats, de Mugron, J. Duplantier, de Coudures, P. Costedoat, de Momuy,  J. Carenne, de Geaune, J. Deyris, de Roquefort, F. Lacroze, de Belhade, J. Laporterie, de Saint-Sever, puis le quartier-maître Dufourc, de Saint-Sever, et le chirurgien Pierre Bergeron, de Mugron.

Raymond-Martin Dubalen de Saint-Sever, qui s’engagea dans ce bataillon à l’age de 16 ans, devint plus tard colonel avant de mourir le 20 juin 1813 à la bataille de Ligny.
Le bataillon fut intégré à l’Armée des Pyrénées occidentales, où il se trouvait en décembre 1793, dans la division de  Saint-Pée

LE 5ème BATAILLON DES LANDES

La prise par les espagnols du camp des Trois-Croix et l’occupation du village de Sare amena les Représentants du peuple à mettre en réquisition tous les jeunes gens et les veufs sans enfants, de 16 à 50 ans répartis en cinq classes tirées au sort dans un tableau dressé dans chaque commune (réquisition du cinquième). La première classe fut immédiatement convoquée à se rendre dans les chefs lieux de district.

Quatre compagnies furent constituées à Mont-de-Marsan, sous le commandement de Jean-Marie Dupeyron né à Grenade en 1764, ancien lieutenant au régiment de Touraine, élu lieutenant-colonel le 8 mai 1793. Rejoints par deux compagnies de Tartas, le montois Jean Barrière, ancien capitaine d’une compagnie franche, fut nommé lieutenant colonel en second
Puis, par dédoublement des quatre premières compagnies, on créa les 7ème et 8ème et enfin une compagnie de grenadiers. L’ensemble prit alors le nom de 5ème bataillon des Landes dont l’instruction fut confiée à des vétérans. Une revue passée le 22 juin 1793 constatait 448 présents … et 54 déserteurs. Parmi les jeunes capitaines on trouve J. Beaumont, de Mont-de-Marsan, B. Tusans, de Saint-Justin, Thomaso, de Tartas, L.Dupoy, de Tartas, J. Marrast, de Mont-de-Marsan, P. Mathiot, de Tartas. On retrouve aussi l’adjudant-major B. Lafitte de Tartas (21 ans) et le chirurgien B. Delaur, d’Onard (24 ans).

Le bataillon quitta Mont-de-Marsan le 15 août 1793 pour se rendre à Bayonne et, une fois armé, dirigé vers la frontière. Il se trouvait en décembre 1793 à l’armée des Pyrénées occidentales, dans la division de Saint-Pée, avant d’être finalement envoyé à l’armée des Pyrénées Orientales.




LE 6ème BATAILLON DES LANDES

La réquisition du district de Dax prenait du retard en raison de la négligence des municipalités. Avec la menace d’amendes, on finit tant bien que mal par réunir environ 600 hommes qui formèrent le 6ème bataillon des Landes, organisé définitivement le 21 septembre 1793 par Dartigoeyte. Les lieutenants colonels en furent Jean Laurentès, de Mont de Marsan, et J B. Ducournaud, de Villeneuve. Parmi les capitaines se trouvaient P. Dufourq, de Saint-Gein (ancien capitaine au 1er bataillon des Landes), P. Rantheau, de Villeneuve, M P. Duclerc, de Saint-Justin, G. Sourbetz, de Mont de Marsan, J M. Dubosc, de Cazères (18 ans), B. Laburthe, de Mont-de-Marsan (22 ans), et le quartier-maître trésorier B. Marrast, de Villeneuve. Deux seulement des officiers avaient déjà servi dans les troupes de ligne.

Ce 6ème bataillon quitta le département a la fin septembre 1793 pour rejoindre l’armée des Pyrénées occidentales Il y figurait en décembre dans la division de Saint-Jean-de-Luz

Plusieurs dizaines de soldats des bataillons cantonnés aux frontières désertèrent à la fin de 1793, obligeant les communes de pourvoir à leur remplacement. On obligea même les familles de chaque émigré de lever et équiper deux volontaires pour aller rejoindre les bataillons
Mais il y eut aussi de fervents patriotes prêts à se battre, comme ce Pierre Pesquidous, de Saint-Justin, qui fut nommé capitaine à ce bataillon après avoir servi et été blessé en Vendée. Destitué en février 1794 pour avoir été suspecté « d’opinions fédéralistes  par les Représentants du peuple en mission à l’armée des Pyrénées, il s’engagea dans les dragons. Avant de servir dans divers corps et multiples campagne jusqu'à être tué en 1804... à Cuba.  Un autre capitaine de ce bataillon, élu en janvier 1794, Antoine Simon Durrieu, de Grenade (Larrivière), fut promu au grade de général de brigade en 1813.


Bigot, adjudant-major au 4e bataillon des Landes,
 le 17 pluviôse An III.


 LA LEVÉE EN MASSE

A la suite du décret de la Convention qui le 23 août 1793 mit tous les français en réquisition permanente pour le service des armées afin de chasser les ennemis du territoire de la République, Dartigoete, Représentant du peuple en mission , prescrivit la mise en activité immédiate de tous les hommes de 18 à 25 ans célibataires ou veufs sans enfants.
Chacun des quatre districts forma alors un bataillon dont l’effectif était fixé à 750 hommes répartis en 9 compagnies. Les quatre bataillons de cette levée en masse furent réunis dans leur district respectif dès le 10 septembre 1793. Le citoyen Duffau, ancien sergent du régiment de Cambrésis fut nommé adjudant-major de celui de Dax, le citoyen Démarque, ancien soldat de ligne fut nommé  adjudant-major de celui de Mont-de-Marsan. Avec l’excédent des hommes de chaque district on réussit à former trois autres bataillons à Mont de Marsan, Dax, et Saint-Sever, pour lesquels on eut difficulté à trouver des officiers. Aussi, on porta l’effectif du premier bataillon de chaque district à 1003 hommes en y incorporant ceux du deuxième, celui unique de Tartas étant complété par des hommes des autres districts. Le surplus fut renvoyé.

On réquisitionna les tailleurs et cordonniers pour fournir l’habillement. Mais finalement, la situation s’étant améliorée sur la frontière espagnole, seul le bataillon de Mont-de-Marsan fut envoyé en garnison à la citadelle de Saint-Esprit à Bayonne, tandis que les bataillons de Dax, Saint-Sever et Tartas ne conservèrent que leur état-major et 200 hommes, les autres étant renvoyés dans leurs communes et aux champs. Enfin, le bataillon de Saint-Esprit fut rappelé à Mont-de-Marsan à la fin de l’année 1793 et servit à compléter le 6ème bataillon de volontaire des Landes( 1er nivôse An II) alors que le bataillon de Saint-Sever était incorporé dans les 2ème et 4ème bataillons de volontaires de Landes.

Par la suite, du 1 au 26 germinal an II, des réquisitionnaires des Landes contribuèrent à la formation d’un bataillon de sapeurs avec des hommes du bataillon de Dax.

De fait, aucune des unités de cette levée en masse (environ 4500 hommes) ne participa effectivement aux opérations militaires


  
A la suite d’un décret de la Convention du 16 avril 1793 prescrivant une levée de cavalerie destinée à compléter et augmenter les dragons, hussards et chasseurs à cheval, le Directoire des Landes décida de présenter 300 recrues qui devaient être habillées, armées et pourvues de chevaux équipés, à la charge de l’administration locale. Le contingent bien que ramené par la Convention à 295.ne fut jamais atteint. La répartition faite, et à défaut d’inscriptions volontaires, on eut une nouvelle fois recours au tirage au sort, qui ne peut lever que 241 cavaliers (78 à Dax, 67 à Saint-Sever, 59 à Mont-de-Marsan, 37 à Tartas)  Quelques  petits détachement furent incorporés au 18ème régiment de dragons de passage à Saint-Sever. Le dernier partit le 15 juin 1794 pour rejoindre ce  même régiment à l’armée des Pyrénées occidentales.
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Lorsque la paix fut conclue le 22 juillet 1795  par le traité de Bâle, l'armée des Pyrénées occidentale était maître de la Biscaye, de l'Alava et du Guipuzcoa et préparait le siège de Pampelune. Plusieurs jeunes landais payèrent leur civisme de leur vie dans les collines du Pays basque et de la Navarre. Les autres, plus chanceux, jugeant avoir rempli leurs devoirs militaires abandonnaient leurs corps, parfois avec armes et bagages. Les désertons se multipliaient surtout lorsque les demi brigades traversaient le département pour rejoindre l'Ouest ou le Rhin. Les troupes restantes de cette armée dissoute évacuèrent et furent dirigées vers  l’armée des Alpes et d'Italie ou l’armée de l’Ouest, dans lesquelles certains poursuivirent une carrière militaire dans les campagnes napoléoniennes jusqu’à la fin de l’Empire.
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 (1) Le conseil général des Landes décréta le 4 mars 1793 la formation dans chaque district d’une compagnie de garde soldée (15 puis 23, puis ramenée à 20 sous par jour) chargée de maintenir l’ordre et la tranquillité publique, des opérations de police, et la garde des prisonniers ou des dépôts de poudre ou bureaux des archives de l’administration  Leur effectif était d’environ une centaine d’hommes pris de préférence parmi les pères de famille D’une efficacité douteuse, elles furent dissoutes par les Représentants du peuple au mois de mars 1794. Les trois anciennes gardes soldées de Mont-de-Marsan, Dax et Tartas furent versées le 20 juillet 1795 à Bayonne dans les rangs des demi-brigades de l’armée des Pyrénées occidentales
(1) Les gardes nationales volontaires cessèrent d'exister lorsque la loi du 24 février 1793 prescrivit la levée en masse de 300 000 hommes pour la défense des frontières. Elles furent plus tard réorganisées, en 1795, sous la forme de compagnies cantonales de gardes nationales sédentaires constituées grâce au retour des nombreux soldats envoyés en congé après la paix avec l’Espagne
 (3) Dans la crainte d’un débarquement des Anglais ou d’émigrés sur la côte landaise, on y établit 17 postes de vigie sous la surveillance d’un chef de bataillon du génie (Sanguinet, Biscarosse, Sainte-Eulalie, Saint-Paul-en-Born, Mimizan, Bias, Contis, Lit, Mixe, Saint-Girons, Vielle, Léon, Moliets, Messanges, Vieux-Boucau, Seignosse, Capbreton). Les gardes nationales des 27 communes côtières furent alors constituées en compagnies de volontaires gardes-côtes et guetteurs dont les effectifs variaient de 60 à 90 hommes. Les postes de Mimizan, Lit, Moliets, et Vieux-Boucau  disposaient en outre d’artillerie. Ces compagnies furent licenciées en 1795.
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SOURCE PRINCIPALE
CANDAU/DUMONT -Le recrutement dans les Landes de 1789 à 1798-
dans la Revue d'histoire rédigée à l'état-major de l'armée -section historique-
n°119 121 123 -Paris 1910/1911

SUR LES CAMPAGNES DE L’ARMÉE DES PYRENEES OCCIDENTALES

Tableau historique de la guerre de la révolution de France, depuis son commencement en 1992 jusqu'a la fin de 1794 -P H Grimoard/J M A Servan - 1808- 
A.DUCERE - L’armée des Pyrénées occidentales- Eclaircissements historiques sur les campagnes de 1793,1794,1795-Bayonne-1881-
 
Carte extraite du Mémoire sur la dernière guerre entre la France et l’Espagne dans les Pyrénées occidentales par le Citoyen B… –Paris 1801 - consultable sur le site Gallica de la BNF

LA DESTINÉE DES BATAILLONS DES LANDES
En vertu d’un décret de la Convention du 12 août 1793, et pour être mieux encadrés, les bataillons d’infanterie des volontaires landais (en uniforme bleu) furent ensuite embrigadés, mixés, aux troupes de ligne régulières issues de l’ancienne armée royale (uniformes blancs). La Convention prescrivit en outre que l'infanterie de ligne cesserait d'être désignée sous la dénomination de régiment, et que ces corps ainsi constitués prendraient à l'avenir le nom de demi-brigades. Un règlement de 1794 remplaça les anciennes unités à deux bataillons par des demi-brigades à trois bataillons censées assurer la qualité de l'armée par l'amalgame entre deux bataillons de volontaires et un de militaires professionnels, chaque compagnie se composant de 40 volontaires et de 20 soldats de ligne.
Ainsi, les bataillons de volontaires des Landes furent amalgamés à d’autres unités de février  à juin 1795, puis à nouveau de mars à octobre 1796

Le 1er bataillon des Landes
Il fut amalgamé au 2ème bataillon du 35ème régiment d’infanterie, ex Aquitaine, pour former la 70ème demi-brigade de bataille, avec le 1er bataillon de l’Ardèche. Cette demi-brigade continua de servir à l’Armée d’Italie .où elle devint, en mars 1796, la 75ème demi-brigade de ligne.

Le 2ème bataillon des Landes
Au camp d’Elizondo (Navarre espagnole), le 2ème bataillon des Landes fut  mixé à un bataillon des Hautes Pyrénées et un bataillon du Lot- et-Garonne pour former une demi-brigade dite des Landes. Puis les deux premiers bataillons de cette demi-brigade furent incorporés dans la 68ème demi-brigade qui fit les campagnes de l'an IV et de l'an V à l’armée de Rhin et Moselle, celles de l'an VI aux armées d’Allemagne, du Rhin, et d’Italie, puis celles de l'an VIII et de l'an IX aux armées d’Italie et de l’Ouest. Le troisième bataillon étant incorporé dans la 10ème demi-brigade d’infanterie légère.
Le 3ème bataillon des Landes

A Saint-Jean-Pied-de-Port, le bataillon des Landes fut mixé avec le 2ème bataillon du 20ème régiment et un bataillon des Hautes Pyrénées pour former la 40ème demi-brigade, laquelle entra par la suite dans la 27ème demi brigade de ligne qui fit les campagnes de l’An V et de l’An VI à  l’Armée de l’Ouest, des Côtes de l’Océan, puis celles de l'an VII aux armées de l’Ouest, Mayence, Danube et du Rhin, et celles de l'an VIII et de l'an IX à l'armée du Rhin

 Le 4ème bataillon des Landes

Au camp de San-Esteban (Navarre espagnole), le 4ème bataillon des Landes fut mixé à deux bataillons du Lot pour former la demi-brigade  dite du Lot et des Landes Deux des bataillons de celle-ci furent par la suite incorporés dans la 35ème demi-brigade de ligne qui fit les  campagnes de l'an VII et de l'an VIII aux armées d’Italie et de l’Intérieur et celle de l'an IX au Corps d’observation du Midi et à l’armée d’Italie. Le 3ème  bataillon fut incorporé dans la 23ème demi-brigade d’infanterie  légère de deuxième formation.
 Le 5ème bataillon des Landes

Au camp de San-Esteban (Navarre espagnole), le 5ème bataillon des Landes fut mixé avec le 6ème de la Haute-Garonne et le 5ème de l’Eure pour former la demi-brigade dite de l’Eure et des Landes qui fit les campagnes de l'an II et de l'an III à l'armée de l’Ouest. Celle-ci fut ensuite incorporée dans la 17ème demi brigade de 2eme formation formé en février 1796, qui fit les campagnes de l'an IV et de l'an V aux armées du Rhin et de la Moselle, celles de l'an VI aux armées d’Allemagne, du Rhin, de L’Ouest et de Mayence, celle de l'an VII aux armées d’Helvétie, d’Italie, de Rome et de Naples, et celles de l'an VIII, de l'an IX aux armées d’Italie et de Batavie

Le 6ème bataillon des Landes
En 1795, le 6ème bataillon des Landes fut mixé avec du 1er bataillon du 57ème régiment d’infanterie, ex Beauvaisis, et le 6ème du Lot-et-Garonne pour former la 113ème demi-brigade de bataille fit la campagne de l'an II et de l'an III à l’armée des Pyrénées orientales, et celle de l'an IV à l’armée d’Italie. Celle-ci fut incorporée ensuite  à l’Armée d’Italie, dans la 85ème demi-brigade de ligne qui fit les campagnes de l'an IV et de l'an V à l’armée d’Italie, celle de l'an VI aux armées d’Italie et d’Orient, celle de l'an VII à l’armée de l’Ouest, et celles de l'an VIII et de l'an IX aux armées d’Orient et d’Italie.



 
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