LA "VILLE" DE SORE


Au beau milieu des Grandes Landes et à un kilomètre au nord du bourg de Sore, on traverse un petit quartier bizarrement nommé  « la Ville » situé sur les hauteurs qui dominent la rive droite de la Petite Leyre. Rien de spectaculaire ici, sinon quelques maisons au bord de la route qui mène à Argelouse, mais, en contrebas et plus surprenants en ce lieu, les restes d'une porte fortifiée médiévale au bout d'un chemin de traverse descendant vers un ancien moulin.


Ce modeste vestige posé là, isolé, n’est autre que le dernier souvenir du castrum Sorae ou Sora et du bourg  fortifié à l'origine du village actuel de Sore. Ici s'élevait en effet, aux XIIe ou XIIIe  siècles, un château disparu qui faisait partie des plus anciennes possessions des sires d'Albret.





la Porte dite des Anglais

la même, vers l'intérieur

vue ancienne (ph.Félix Arnaudin)


aujourd'hui


plan du site
( à partir du cadastre du XIXe s, et de L. Descoubes: .Le château de Sore)

L’occupation de ce site, que certains auteurs font remonter à l’époque gallo-romaine, est certainement très ancienne, près d'un carrefour de voies importantes. La principale,  l'Estrade de Morderet venait de Langon et Bazas et se dirigeait vers Moustey pour rejoindre, à  Liposthey, la grande voie de Tours. C’est cettee voie secondaire qui fut par la suite fréquentée par les pèlerins vers Compostelle. Une autre voie, le Camin de Bourdéou, venait de Bordeaux en ligne droite, aboutissait à la précédente au pont dit de la  Boumbe, avant de parvenir au quartier de Piquoy. Elle se dirigeait ensuite vers Labrit, Dax et le port d'Albret, ou Mont de Marsan,  par les quartiers de Castaing, Le Stoucs, Pendribot, ou Le Thus.

C'est cette situation de passage de voies et de franchissement de la Leyre qui semble avoir justifié l'édification d'un camp puis château pour en assurer la surveillance et les péages

D’autres promontoires et camps voisins protégeant ces passages sont aussi évoqués par la tradition locale aux lieudits Castelsarrazin, sur la rive droite, vers Argelouse, Castet Merle, plus loin, sur la rive gauche de la Leyre, et Pichouret.

A l’ouest du site, un promontoire qui a gardé le nom de "Lous Castéras", évoque bien, sans remonter à l'époque gallo-romaine, l'implantation vers le Xe siècle d'une motte castrale faite de fortifications de terre utilisant les défenses naturelles des ravins de la Leyre et des ruisseaux de Picoy et des Arrocqs.. On y a distingué un double camp fortifié dont le plus élevé surplombe un ravin profond qui le sépare de la Ville et est encore entouré d'un tertre en terre d'une largeur de près de cinq mètres, en haut duquel on aperçoit encore dans certains endroits un triple fossé. Bien sûr,il ne s’agissait encore que de fortifications faites de simples talus, de palissades et de modestes ouvrages en bois

Au-delà, le plateau domine les rives de la Leyre qui l’enserre de trois cotés. Le dernier coté, au nord, endroit le plus faible, semble avoir été protégé par un fossé ayant jusqu’à 20 mètres de large et deux à trois mètres de profondeur, dont on peut deviner des traces quelque peu effacées par le temps.

 C’est à l’intérieur de ces défenses que s’est bâtie la Ville, semblable à une bastide, autour d’une chapelle dédiée à Notre Dame également disparue, et le nom de Ville est resté pour désigner cette partie de la commune de Sore, par opposition au bourg, où s’élevait  l’église paroissiale Saint Jean-Baptiste.

vieille maison à l entrée de La Ville
  
Ce ne serait qu'au XIIe siècle que le seigneur d'Albret aurait été autorisé par Aliénor d'Aquitaine à construire, ou reconstruire, un château  sur l'emplacement de ces anciens Castéras, à l’extrême ouest du site, en aplomb de la Leyre..Puis, au milieu du XIIIe siècle, vers 1270-1280, Amanieu VII d’Albret, semble y avoir entrepris une vaste campagne de rénovation et amélioration, comme il le fit dans ses autres forteresses de Labrit, Aillas, et Castelnau de Cernès. D‘ailleurs, les premières mentions attestant de l’appartenance de Sore aux Albret  datent de cette époque. 

La défense était assurée par une enceinte vraisemblablement de terre  plus que de pierre, rare ici, mais pourtant pourvue de trois portes fortifiées. L'une située à l'est du plateau a été démolie en 1784, une partie des pierres ayant servi à la construction de l'ancien  presbytère. Une autre située au nord-ouest, a été détruite  en 1836 pour en récupérer les matériaux  destinés aux travaux des culées du pont de Pouchiou reliant le bourg de Sore au quartier du Douc.

Ne restent ainsi aujourd'hui, au lieu dit le Moulin, que les vestiges de la partie basse de la porte sud connue sous l’appellation de porte des Anglais, comme témoignage de leur longue domination sur le pays. C’est un ouvrage massif, en pierre et "garluche", d’une épaisseur de 3 mètres, construit dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Sa face extérieure présente un grand arc en anse de panier puis un arc brisé surbaissé, plus étroit et plus bas, en avant duquel subsiste l'emplacement de la herse qui renforçait l'entrée. Deux trous d'assommoir sont percés dans la voûte de l'arc, en avant de la herse.  La clé de voûte de l'ogive en pierre blanche est curieusement ornée d'un chrisme sculpté (Monogramme du Christ - JHS-) découvert près de là et replacé ici. Sur la face intérieure de la porte, on peut remarquer les traces d'une tourelle disparue et son escalier à vis. Cette porte a été inscrite à l'inventaire des Monuments Historiques le 7 octobre 1992.
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Cette Ville fut malheureusement ravagée et presque entièrement rasée par les Huguenots en janvier 1577 au cours des guerres de Religion. Le château ne s'en releva pas. .Quelques vieilles maisons subsistèrent un temps, jusqu'au XIXe siècle, mais c'est le quartier de l'église et du bourg, à la confluence des routes et d'un pont, qui a alors été préféré pour développer le village.

Le site originel des Castéras fut ensuite occupé par un hospice, puis maison de retraite,  construit au sud de la motte castrale. Le moulin du XVe siècle a disparu sous les transformations et  agrandissements. Egalement disparu, à l'extérieur de la Ville, un ancien Hospital des pèlerins et son cimetière. Enfin, une ancienne chapelle ruinée qui fut restaurée au XVIIe siècle, et que le cadastre du XIXe siècle, dit de Napoléon, mentionnait encore comme chapelle de l'Hospital, a été finalement désaffectée en 1885, puis transformée en grange à foin  avant de finir par s'écrouler en 1965. Il ne reste plus aujourd'hui de cette chapelle Saint-Rémy qu'un pan de mur ruiné.

 
vue de l'ancienne chapelle Saint-Rémy
ou chapelle de l'Hospital
(ph. Félix Arnaudin)


et aujourd'hui